« Reconnaître la compétence des parents »

Montbéliard a fait le choix de porter un regard particulier et inhabituel à la notion de parentalité : le parent est accueilli non pas sur ses manques, mais sur la base de ses propres ressources et de ses compétences.

Jacques HELIAS, Maire de Montbéliard - Photo : Mairie de Montbéliard

Pourquoi la Ville de Montbéliard a-t-elle créé un dispositif de soutien à la parentalité ?
J.H :
Au début des années 2000, un constat a été fait par les professionnels de terrain sur Montbéliard : il manquait une structure intermédiaire – c'est-à-dire qui ne soit ni une crèche ni un lieu identifié comme structure pour parents en difficulté, ni cabinet de psychologue... - pour accompagner simplement tous les parents dans les questions qu'ils se posent dans l'exercice de leurs responsabilités. Un projet est donc progressivement né de ces constats.
En 2006, une évaluation des besoins sociaux a été menée à l'échelle de la ville. Il a été fait état des structures d'accompagnement des enfants et du manque de soutien aux parents en difficulté. En même temps, dans notre société grandissait cette idée de la parentalité, du soutien à la fonction parentale… L'émergence du Programme de Réussite Educative et de nouvelles orientations budgétaires ont permis de concrétiser ce projet qui avait eu le temps de mûrir et de se préciser.
La Ville a ainsi créé la Courte Echelle, en mars 2007, parce qu'elle a su, à un moment clé, oser concrétiser une idée professionnelle nourrie d'expériences de terrain.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette structure, la Courte Echelle ?
J.H : C'est un lieu d'accompagnement de parents confrontés aux questionnements, bouleversements, aménagements qu'occasionne l'arrivée d'un enfant au sein d'un couple. La structure et ses services s'adressent à tous les parents, quelque soit leur niveau social, culturel ou professionnel. L'accès y est libre et gratuit. Les familles s'inscrivent à des ateliers, participent à des temps de discussions, des conférences ou des entretiens individuels.

En quoi votre approche est-elle innovante ?
J.H : C'est innovant parce que ce dispositif a été crée sur la base de constats professionnels pendant plusieurs années et à un moment où le soutien à la parentalité n'était encore qu'un murmure. De plus, les services offerts répondent aux besoins pressentis, sans qu'ils soient forcément formulés par les parents. Ils les révèlent et les parents découvrent naturellement l'utilité du service. La question était posée, mais ils ne pensaient pas forcément pouvoir trouver une réponse professionnelle aussi facilement. Nous la leur livrons. L'innovation vient également du fait qu'il s'agit d'une structure municipale et non associative. Elle s'adresse à tous les parents et permet une importante mixité sociale. Pour finir, j'ajouterais que nous apportons un regard particulier et inhabituel à la notion de parentalité : le parent est accueilli non pas sur ses manques mais sur la base de ses ressources, des compétences qu'il a et qui pourront être développées pour l'aider dans son rôle de parent.

Combien de familles et d'enfants ont été accompagnés, soutenus.. ?
J.H : En 2009, après 2 années de fonctionnement, environ 200 familles différentes ont été accueillies. 300 enfants ont fréquenté l'espace jeux, porte d'entrée facile dans la structure pour les familles qui y trouvent un moyen de prendre contact avec les temps d'ateliers et d'entretiens.

Quel bénéfice pour les familles ?
J.H : Comme l'a si bien énoncé Boris Cyrulnik, « une mère offre de meilleurs bras si elle est soutenue socialement ». En fréquentant la Courte Echelle, les bénéfices pour les familles sont donc multiples mais aussi difficilement chiffrables et mesurables …
Mais nous avons les témoignages des parents, une fréquentation en hausse, autant d'indicateurs qui nous prouvent que nous sommes notamment parvenus à sortir les femmes de la « solitude » que la maternité peut occasionner. Nous avons créé une véritable mixité sociale tout en soutenant les familles dans la découverte du bébé. Nous avons un rôle d'aide au « décodage » du bébé, ou encore de prévention avec le danger du « bébé secoué » ou celui de la dépression postpartum. Plus globalement, nous contribuons, par l'attention apportée aux mères, à construire un lien mère-bébé ou parents-bébé de meilleure qualité et à dépasser les moments difficiles, les doutes. Nous nourrissons l'estime du parent lui-même afin de pointer ses savoirs, savoir-faire, savoir-être…Même dans la détresse, un parent doit apprendre à découvrir ses compétences…et ils en ont ! La rencontre entre parents ouvre également sur de nouvelles pratiques éducatives et de nouvelles réflexions. Cela permet d'éviter de se cristalliser sur une difficulté en prenant l'occasion de parler, de réfléchir, d'envisager l'obstacle autrement …

Quels sont vos projets de développement pour l'avenir ?
J.H : Nous envisageons d'axer davantage le travail de nos équipes sur la prévention concernant la période postnatale immédiate, d'accentuer l'information sur cette période que l'on envisage comme idyllique, mais qui peut s'avérer parfois dramatique pour le lien mère-enfant car incomprise et mal vécue. Nous allons également réfléchir à offrir davantage d'accueil aux familles touchées par le handicap et à étendre ces services nouveaux d'aide à la parentalité aux 6 -12ans.

Mise à jour: 30/03/2015

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