8e Rencontre des Villes amies des enfants à la Mairie de Paris

Photo : Roland BOURGUET

Gordon Alexander : « Les autorités locales ont un rôle central à jouer dans la mise en œuvre des politiques et engagements pris par leurs gouvernements respectifs et dans la lutte contre l’exclusion »

Nombreux étaient les participants venus échanger sur le thème « Faire des droits de l’enfant un atout pour la vie locale » et sur les actions mises en œuvre par les villes pour combattre les phénomènes de l’exclusion, dont sont victimes les enfants et les jeunes et consolider la cohésion sociale en permettant, notamment aux jeunes, de jouer le rôle qui leur revient dans la société.

Invité comme grand témoin à la rencontre annuelle des VAE, qui s’est tenue à la Mairie de Paris le 23 mars dernier, Gordon Alexander, Directeur du Centre de Recherche Innocenti de l’Unicef, a présenté les enjeux de l’équité pour les enfants, précisé la signification de cette approche pour les pays riches et le rôle que les collectivités locales peuvent jouer dans ce cadre.

L’occasion aussi pour Ville amie des enfants de poser quelques questions à Gordon Alexander.

L’Unicef a donné une nouvelle priorité à son action en faveur des enfants en mettant l’accent sur la notion d’équité. Qu’est-ce que cela signifie ?
Pour l’Unicef, l’équité signifie que chaque enfant se voit donner la chance de survivre et de s’épanouir dans toute la mesure de ses potentialités sans discrimination, préjugés ou favoritisme. Elle se situe dans le droit fil du principe d’universalité et de non-discrimination de la Convention relative aux droits de l’enfant. Plus qu’un concept abstrait, l’équité est une approche qui vise à s’attaquer aux facteurs politiques, sociaux et économiques qui entravent la jouissance de leurs droits par les enfants.
L’Unicef a toujours eu pour mission principale de donner la priorité aux enfants les plus démunis et vulnérables. En cette période de crise et de croissance des inégalités, cet impératif s’est avéré encore plus crucial dans notre travail, pour les pays en développement comme pour les pays riches.

Comment est née cette nouvelle approche ?
Les progrès réalisés ces dernières années sont considérables. Pour prendre un seul exemple, la mortalité des enfants de moins de 5 ans a chuté de deux tiers entre 1990 et 2009. Toutefois, les améliorations des moyennes nationales, sur lesquelles sont mesurées les avancées dans la réalisation des Objectifs de développement du millénaire, masquent des disparités importantes voire croissantes au sein des pays. C’est pour cela que le Directeur général de l’Unicef, Anthony Lake, a appelé à donner un nouveau souffle à nos stratégies en adoptant une approche axée sur l’équité.

Les résultats d’une étude réalisée par l’Unicef Réduire les disparités pour atteindre les objectifs, suggèrent que l’approche axée sur l’équité est plus juste au niveau des principes car elle est fondée sur les droits et elle est plus efficace en pratique car elle permettra d’accélérer les progrès vers la réalisation des objectifs du millénaire.

Quelle est la portée de cette approche pour les pays riches ?
Aucun pays ne peut se dire parfaitement équitable. Partout, même dans les pays les plus riches, on enregistre des disparités et des poches d’exclusion et de pauvreté. Plus grave encore, dans nombre de ces pays on observe depuis 10 ans un accroissement des inégalités.
Les « Bilans Innocenti» que nous publions s’attachent à comprendre la situation du bien-être de l’enfant dans les sociétés riches. Le dernier Bilan publié en novembre dernier porte sur « Les enfants laissés pour compte » dans 24 pays de l’OCDE. L’étude se propose de déterminer jusqu’où la société laisse se creuser le fossé entre les enfants.
Dans le classement global des inégalités de bien-être, effectué sur la base du bien-être matériel, éducationnel et sanitaire, la France arrive en 12e position (sur 24 pays). Caracolent en tête du classement le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas, tandis que les Etats-Unis, la Grèce et l’Italie restent à la traîne. Il faut souligner que les données utilisées dans l’étude datent de 2006, 2007 et 2008, donc avant la crise économique.
Le Bilan Innocenti révèle que l’intervention de l’Etat permet de hisser plus d’un million d’enfants au-dessus du seuil de pauvreté en France, ce qui représente une réduction de plus de 60%. Mais cela n’est pas suffisant.
Nous ne sommes pas les seuls à faire ce constat. Un rapport récent de la Défenseure des enfants a fait l’état des multiples effets de la précarité sur le développement des enfants en France. Ces enfants cumulent les inégalités. Les approches envisagées dans les pays en développement sont donc tout aussi valides ici.

Mais que signifie le discours sur l’équité pour les collectivités locales ?
Les autorités locales ont un rôle central à jouer dans la mise en œuvre des politiques et engagements pris par leurs gouvernements respectifs et dans la lutte contre l’exclusion. Ce rôle est d’autant plus important dans les pays européens qui sont fortement décentralisés. Les autorités locales y sont directement responsables de l’éducation, la santé, la protection et des services sociaux.
Dans la mise en œuvre de l’approche axée sur l’équité, agir au niveau local présente des avantages significatifs mais aussi des défis.
Il est souvent plus aisé à ce niveau d’identifier les enfants marginalisés, mais les méthodes traditionnelles de collecte de données sont généralement coûteuses et inadéquates. L’investissement des ressources municipales est plus efficace pour toucher les enfants les plus défavorisés, mais il est menacé par les coupes budgétaires et les ressources fiscales limitées des localités les plus dans le besoin.

Enfin, que pensez-vous du rôle joué par le réseau Villes amies des enfants ?
Dans le cadre de l’action collective, il peut devenir difficile de s’organiser et de faire des choix stratégiques. Pour cela, un leadership fort, capable de rassembler, est indispensable. C’est là que les réseaux de Villes amies des enfants peuvent jouer un rôle actif, en déterminant les orientations à prendre pour la réalisation des droits des enfants.

Pour télécharger l’allocution complète de Gordon Alexander, cliquez ici.
Pour télécharger le dossier de la rencontre, cliquez ici
Pour télécharger les actes complets de la 8e rencontre des Villes amies des enfants du 23 mars 2011, cliquez ici.

 

 

Mise à jour: 09/07/2014

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